VII année, 1965, Numéro 2, Page 93

 

 

 

Notre revue accumule les retards. Disons tout d’abord qu’elle a connu de graves difficultés financières. Lorsqu’elle était publiée en italien, elle bénéficiait d’un budget équilibré. Depuis que nous la publions en français en Italie, elle a aussi peu de lecteurs en Italie qu’en France et son passif s’est alourdi. Nous ne pourrons donc continuer à la faire paraître qu’à la condition expresse d’augmenter le prix de l’abonnement.
Ce n’est pas le fait d’avoir peu de lecteurs qui nous a gênés : nous parlions presque dans le désert, mais peut-être le désert est le seul lieu dans lequel on cherche la vérité. Nous nous sommes pourtant demandé si les difficultés présentes de la revue ne signifiaient pas la fin de notre tâche purement théorique. En effet, pour ce qui est le plus lié à la contingence, nous disposons désormais d’un autre instrument d’information, le « Journal du Recensement ».
A moins que ce ne soit pour une autre raison. Nous croyons à l’Europe, non que nous la prenions pour une panacée ou que nous y voyions un fin en soi, mais parce que nous pensons que faire l’Europe signifie faire sauter un goulot d’étranglement (le stade national de l’organisation politique et sociale) qui empêche l’histoire contemporaine de se manifester dans ses caractères originaux. Nous croyons aussi que c’est seulement en s’appuyant sur un noyau de réalité qu’on peut trouver le contexte de toute élaboration culturelle authentique et par conséquent aussi de celle qui est destinée à nous donner, au delà des idéologies en décomposition, le sens de notre époque.
Notre noyau à nous de réalité, autrement dit la prise de position contre le goulot d’étranglement national, nous l’avons désormais analysé et transformé en une responsabilité politique personnelle. Nous devons maintenant aller de l’avant, là où réside, comme à chaque tournant de l’histoire, la pensabilité de la condition humaine au niveau de la liberté, de la justice et de la paix, pensabilité qui a disparu aujourd’hui de l’horizon des courants politiques traditionnels et que le fédéralisme permet d’entrevoir de nouveau.
C’est là une tâche si délicate que nous nous demandons ce que nous pourrons faire. Cependant, si les lecteurs, en nous aidant à divulguer la revue et à équilibrer son bilan, nous permettent de continuer à la faire paraître, nous essayerons humblement d’affronter cette tâche.*


* Provisoirement, et tant que durera le phase de transition de la revue, nous publierons dans la rubrique « Les faits et les idées » les éditoriaux du « Journal du Recensement » et dans une nouvelle rubrique, « Fiches », les fiches politiques et culturelles du même journal.

 

 

Partager avec