XIV année, 1972, Numéro 4, Page 195

 

 

LE XIIIe CONGRES DU M.F.E.
 
 
Du 6 au 9 avril 1972 s’est déroulé à Nancy le XIIIe congrès du M.F.E. A l’ordre du jour, outre une table ronde sur le thème « L’Europe pour quoi faire et comment ? » et la discussion du rapport politique du président du Bureau exécutif, figurait la discussion du projet d’unification entre le M.F.E. et l’A.E.F.
Le Fédéraliste publie ici le rapport présenté par Bernard Barthalay à la table ronde ; le rapport écrit communiqué aux délégués avant le congrès par le président du Bureau exécutif, Mario Albertini, et le résumé de son intervention à la tribune. Le Fédéraliste publie en outre les documents approuvés par le congrès, à savoir : la résolution de politique générale, la résolution sur les dictatures méditerranéennes, la déclaration approuvée par le M.F.E. comme contribution historico-idéale à l’organisation qui naîtra de l’unification et enfin le texte de l’accord d’unification A.E.F.-M.F.E.
 
 
RESOLUTION DE POLITIQUE GENERALE
 
Les fédéralistes européens qui, depuis la Résistance, se battent sans interruption contre le nationalisme des Etats nationaux et pour la création d’une Fédération européenne, qui doit être une étape essentielle sur le chemin qui mènera à la création d’une fédération mondiale, constatent la contradiction flagrante qui existe entre l’optimisme béat des porte-parole de l’Europe officielle et la dégradation des structures communautaires créées par les traités de Paris et de Rome.
Ils dénoncent l’inefficacité présente des instances communautaires devant les problèmes de dimension européenne à résoudre (problèmes sociaux, monétaires, agricoles, de politique extérieure, régionale, de l’environnement, etc…) ainsi que l’approche antidémocratique qui semble dorénavant être de rigueur dans tout ce qui a trait aux problèmes transnationaux.
Ils demandent à l’opinion publique de protester contre la tendance qui consiste à vouloir résoudre les problèmes graves de la société européenne par la création d’instruments institutionnels qui constituent des faux-semblants dangereux de ce que demande la démocratie : le Conseil de ministres, conférence intergouvernementale, incapable de prendre des décisions européennes, et instrument de la couverture des intérêts nationaux ; la Commission, exécutif européen sans pouvoirs et sans responsabilité démocratique ; le Parlement européen, assemblée purement consultative, sans pouvoirs, sans responsabilités et sans lien démocratique avec les citoyens.
Ils demandent aux citoyens d’Europe de ne pas accepter, au moment même où les jeunes, les étudiants, les travailleurs, les communes demandent un accroissement des droits démocratiques et une participation réelle à la prise de décisions à tous les niveaux, que la société européenne soit dirigée au sommet par une super-technocratie à caractère diplomatique et confédéral.
Ils attirent l’attention de l’opinion publique sur le fait que le référendum (concernant un élargissement de la Communauté souhaité depuis de longues années par les fédéralistes) décidé par le Président Pompidou s’inscrit dans la ligne antidémocratique de l’Europe confédérale des Etats souverains. Celui qui s’est toujours opposé aux élections directes du Parlement européen se fait, à présent, le champion d’une « certaine Europe » et d’une « certaine démocratie », en organisant un référendum dont le résultat est connu d’avance. Cette politique confédérale qui est, en tant que telle, conservatrice et antidémocratique, a pour conséquence que les tendances nationalistes à l’intérieur des différents pays sont renforcées. Une telle politique ne tend qu’à favoriser les tendances fascisantes en Italie. En Allemagne, la Ostpolitik qui se propose le but sacro-saint de favoriser la détente entre l’Est et l’Ouest et de dépasser des fictions périmées, risque de prendre un caractère de plus en plus national et d’éloigner de plus en plus l’Allemagne de ses partenaires de la Communauté.
Les fédéralistes se déclarent fiers de la décision prise par leur Congrès et par le Comité fédéral de l’A.E.F. qui s’est réuni ces mêmes jours à Nancy, de créer, avant la fin de l’année, une seule organisation des fédéralistes qui doit être, en même temps, un instrument d’action politique efficace et une préfiguration d’une démocratie supranationale fédéraliste.
Cette décision qui a pour conséquence un renforcement très considérable des possibilités d’action des fédéralistes doit permettre dorénavant de mener une bataille politique systématique, c’est-à-dire une action-cadre permettant aux fédéralistes d’additionner et de capitaliser ses résultats, notamment par l’organisation de contre-sommets.

 

 

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