IV année, 1962, Numéro 3, Page 211

 

 

L’Espagne, l’Europe et l’antifascisme
 
 
L’évolution de la situation espagnole et les faits qui la caractérisent ont connu une répercussion particulière dans deux milieux politiques : celui de l’antifascisme et celui de l’européisme. Tant dans l’un que dans l’autre certains groupes ont vu dans cette évolution une possibilité d’entrer en action. Ils ont espéré trouver dans la liberté de l’Espagne quelque chose à quoi pouvoir s’agripper, un objectif politique propre et, en dernière analyse, un moyen de se renforcer. Mais il s’agit d’une illusion, s’il est vrai, comme nous le croyons, que l’Espagne va vers des formes de libéralisation et d’européisme qui ne favorisent ni ne requièrent, étant donné leur caractère actuel, ni une forte reprise de l’antifascisme ni une véritable unité politique de l’Europe.
Voyons, tout d’abord, le cadre dans lequel s’inscrivent ces faits. Le général Franco rompit en 1953, par l’accord militaire avec les U.S.A., l’isolement dans lequel l’Espagne était tombée par suite de la défaite du fascisme international. Il ne s’agissait pas du simple établissement d’un lien de dépendance militaire et économique de l’Espagne par rapport à l’Amérique du Nord. Ce fut le début d’une politique, très prudente mais évolutive, d’insertion de l’Espagne dans la nouvelle réalité internationale. Après l’accord de 1953 avec les U.S.A. vint en effet l’adhésion de l’Espagne au Fond monétaire international et à l’O.E.C.E. (maintenant l’O.C.E.D.). La partie économique de cette politique prit une forme très nette avec la réforme économique et monétaire de 1959. Avec la dévaluation de sa monnaie, l’Espagne se proposa d’affronter et affronta effectivement une prudente libéralisation des échanges avec l’étranger. La réforme a réussi. Une fois surmonté l’obstacle constitué par les premières et les plus difficiles répercussions sociales (en rompant avec l’immobilisme économique par le libre échange on modifie les prétentions des salariés sans pouvoir, du moins au début, les satisfaire complètement), la réforme a inversé la tendance du système économique espagnol, qui se trouve actuellement en phase d’expansion et peut désormais tolérer ce moyen physiologique qu’est la grève.
La mise en marche de l’économie a permis, d’autre part, aux éléments les plus dynamiques de la société espagnole de manifester certaines de leurs prétentions : aux ouvriers, aux étudiants, au clergé socialement évolué, à divers secteurs de l’opinion publique. De la sorte se sont fait jour et se sont consolidés les aspects les plus proprement politiques de la nouvelle orientation espagnole : le dégel intérieur et le début de la libéralisation des rapports entre les citoyens et l’Etat. Ces aspects, tant politiques qu’économiques, sont désormais devenus (chose nouvelle pour l’Espagne) des engagements concrets selon les programmes du nouveau gouvernement espagnol, celui qui s’est constitué récemment avec la vice-présidence du capitaine-général Augustin Munoz Grandes. Le 13 juillet, au terme de sa première réunion, ce gouvernement a rendu publique la ligne d’action qu’il se propose de suivre : plan de développement économique sur la base idéologique de l’encyclique « Mater et Magistra », participation active au « processus de coopération économique et de cohésion politique de l’Europe » et enfin, littéralement, « libéralisation » des rapports entre les citoyens et l’Etat.
Il s’agit de changements qui sont en train de transformer le visage de l’Espagne. Il serait absurde de penser qu’ils sont le produit exclusif de la volonté arbitraire d’un homme, fût-ce d’un dictateur. En réalité, il y a eu des modifications dans la structure de la lutte politique espagnole. Le système de gouvernement a perdu son caractère fasciste et a assumé un caractère paternaliste et autoritaire. L’opposition, à son tour, ne se présente plus comme une tentative de constituer une alternative radicale à la dictature, au moyen de la division intransigeante entre adversaires et partisans de Franco, mais plutôt comme une tentative d’accélérer et de garantir sa succession en faisant évoluer graduellement vers des positions démocratiques compatibles avec leurs intérêts les forces mêmes qui ont soutenu, et qui soutiennent encore, la dictature.
Ces modifications ont pris une physionomie nette et se sont montrées en pleine lumière à l’occasion de faits récents du mouvement de l’unité européenne. Pour le gouvernement, l’occasion fut fournie par le passage à la seconde étape du Marché Commun et surtout par l’adoption de la politique agricole européenne. Ces événements ont mis l’Espagne en face de l’alternative d’adhérer à la C.E.E. ou de perdre le contact avec l’Europe. L’Espagne a demandé d’être associée à la C.E.E., démontrant ainsi sa volonté et sa capacité de maintenir le contact avec l’Europe. Toutefois, pour prendre cette décision de façon concrète, le gouvernement a dû vaincre les éléments phalangistes qui profitèrent des difficultés psychologiques et matérielles considérables que comportait la demande d’association à l’Europe « libérale » pour chercher à replonger l’Espagne dans son isolement et, en dernière analyse, dans le fascisme. En ce qui concerne l’adaptation et la manifestation du nouveau caractère de l’opposition, l’occasion en fut offerte par la participation de 80 Espagnols résidants en Espagne et de 38 délégués de l’émigration au Congrès du Mouvement Européen qui s’est tenu à Munich les 7 et 8 juin. Ces Espagnols, qui représentaient l’opposition intérieure, l’opposition extérieure, et tous les groupes politiques de la droite catholique au socialisme et à l’anarchisme catalan, se trouvant dans l’obligation de préciser la politique européenne de l’opposition espagnole, se trouvèrent du même coup en face du devoir de réaliser leur unité, et y parvinrent sur un texte qui, après avoir simplement demandé le rétablissement des libertés formelles, sans poser de conditions, république ou autres, prenait position pour l’« évolution » du régime actuel vers un régime démocratique, évolution à réaliser selon « les règles de la prudence politique ».[1] Telle est l’Espagne actuelle, une Espagne que beaucoup ne voient pas sous son vrai jour parce qu’ils appliquent mécaniquement l’étiquette « fasciste » au gouvernement et l’étiquette « antifasciste » à l’opposition. Cette nouvelle Espagne a-t-elle des fondements solides ? Et où va-t-elle ? Si l’on veut répondre à ces questions, il faut identifier et évaluer les facteurs essentiels, intérieurs et extérieurs, de la balance espagnole du pouvoir. Selon une opinion que nous partageons, le principal facteur intérieur de cette balance est constitué par le souvenir tragique de la guerre civile et de ses horreurs sanglantes. Aucune forme de gouvernement ne serait possible en Espagne (toujours selon la même opinion) si elle ne se détachait pas de façon absolue de tout ce qui peut rappeler aux Espagnols un aspect quelconque de cette tragique horreur. En effet, il semble que le facteur qui a maintenu Franco au pouvoir après la défaite du fascisme international, qui a attribué au clergé et à l’armée plus de pouvoir qu’à la Phalange, désormais impuissante, et qui donne maintenant à l’opposition la seule possibilité de succéder à Franco dans le respect du clergé et de l’armée, soit justement le spectre de la guerre civile.
Le facteur extérieur de la balance dit pouvoir espagnol est au contraire constitué évidemment par la structure politique de ce que l’on appelle le monde libre, c’est-à-dire surtout par le pouvoir hégémonique de l’Amérique et par l’unité européenne occidentale de fait. L’Espagne n’est pas et ne peut pas être — comme on le pense parfois — une espèce d’île, un monde à soi, soustrait aux influences extérieures. L’Espagne devint fasciste parce que l’Allemagne et l’Italie soutinrent à fond Franco dans la guerre civile, tandis que les démocraties, pour ne pas faire le jeu du communisme, n’aidèrent pas les républicains de manière efficace, même pas quand en France le Front populaire était au gouvernement. L’Espagne a fait, après la guerre, une politique d’alliance exclusive avec les Etats-Unis, adaptant son régime interne aux nécessités de cette alliance tant qu’en Europe occidentale il n’y eut rien de solide en dehors du pouvoir hégémonique de l’Amérique. Et l’Espagne a finalement ajouté à son alliance américaine la politique européiste (avec des conséquences ultérieures quant à son régime) depuis que l’unité européenne de fait, avec son économie en expansion et ses superstructures confédérales (les Communautés), a acquis un poids propre dans la balance mondiale du pouvoir.
Ces constatations montrent que l’évolution de l’Espagne a des bases solides qui ne dépendent pas de la volonté des hommes mais d’éléments objectifs de la réalité politique.[2] La combinaison de ces éléments maintient Franco au pouvoir mais le pousse vers la libéralisation et vers l’européisme, tandis qu’elle réduit l’intransigeance de l’opposition. De cette façon les forces intérieures qui soutiennent Franco peuvent faire une expérience de la possibilité de concilier leur ordre social avec le libéralisme et l’européisme, et peuvent en outre apercevoir peu à peu, dans l’opposition démocratique, la force modérée de gouvernement à laquelle pourrait être confiée la succession. L’Espagne se dirige donc vers un régime démocratique. Et il n’est pas difficile de prévoir quel sera ce régime. Entre la société et le gouvernement s’élève à l’heure présente l’écran de la dictature. Quand cet écran sera tombé, chacun des groupes politiques qui influencent actuellement le gouvernement ou l’opposition au moyen de pures et simples manœuvres de cadres, devront baser leur puissance et leur action sur le vote populaire. Les différents groupes catholiques, forts s’ils sont unis, faibles s’ils sont divisés, et qui sont, en politique, plus disposés au compromis qu’à l’intransigeance, s’unifieront et constitueront la classe politique d’un parti catholique comprenant, comme le parti catholique italien, une droite vaguement libérale et une gauche vaguement socialiste. Ce parti disposera d’un réseau capillaire d’organisateurs, d’une base syndicale, et d’un lien profond avec le peuple. Les groupes qui le composent se trouvent d’ores et déjà dans la position la plus favorable pour accaparer la plus grande quantité des positions de pouvoir disponibles au cours de la période d’évolution et de passage. Infiniment plus faibles se présentent les possibilités des groupes démocratiques, socialistes et anarchistes qui devraient s’appuyer sur les électeurs de gauche mais qui, étant contraints à une politique modérée, ne pourront donc pas être très forts. Le caractère du passage de la dictature à la démocratie ne permettra pas, par ailleurs, aux communistes, quelle que soit leur efficacité, de conquérir beaucoup de positions de pouvoir (les communistes français et italiens se valurent de la guerre, de l’alliance russo-américaine et du caractère clandestin de la Résistance). La démocratie espagnole sera donc un système comprenant de nombreux partis, plus proche du type français que du type anglais, mais stabilisé par l’hégémonie du parti catholique comme en Italie.
Cette prévision complète la représentation du cycle évolutif de l’Espagne contemporaine. En résumé, on peut donc dire que l’Espagne a déjà accompli la phase évolutive qui va du fascisme modéré au gouvernement autoritaire et paternaliste et qu’elle est en train d’accomplir la phase évolutive qui va de ce dernier type de gouvernement vers une démocratie modérée, protégée par le clergé et par l’armée, c’est-à-dire vers un régime qui maintiendra en substance les caractères de l’autoritarisme et du paternalisme. Nous ne voulons pas dire pour autant qu’entre le dernier Franco et la prochaine démocratie il n’y aura pas de différences. En Espagne, bien des choses deviendront libres, et pour ces choses la différence sera grande et bénéfique. Mais les choses concernant la paix, le gouvernement et la justice des Espagnols ne deviendront pas libres. La paix des Espagnols restera entre les mains de l’Amérique et de la Russie. Le gouvernement des Espagnols tombera entre les mains d’un parti unique de gouvernement, le parti catholique, qui pourra être tempéré par les autres partis mais qui ne pourra pas être substitué au gouvernement. Et la justice des Espagnols n’ira aux mains de personne, et sera donc encore du côté des patrons, parce que l’économie espagnole, en s’intégrant dans l’économie européenne, ne pourra être efficacement contrôlée par aucun gouvernement espagnol.[3]
La limite très grave de la restauration du régime démocratique en Espagne dépend donc du fait que la paix, la liberté et la justice des Espagnols sont des fins qui ne dépendent pas du pouvoir espagnol ni de son exercice. Il s’agit d’un fait qui met l’Espagne en commun avec tous les autres Etats d’Europe, un fait qui peut être dépassé mais non changé. Telle est la raison qui contraint ceux qui limitent leur propre point de vue et leur propre action au pouvoir espagnol et à ses modifications, à viser chaque jour un peu plus bas, comme cela est déjà arrivé, qu’ils soient marxistes, démocrates ou libéraux, ils sont en train de passer graduellement, et souvent insensiblement, de la lutte pour la paix, la liberté, et la justice, aux prudentes opérations destinées à instaurer, et demain à gérer, une démocratie impuissante, contrôlée et modérée. Ceux qui restent dans le cadre politique espagnol n’ont pas d’autre possibilité en dehors de l’alternative de sortir du jeu, de cesser de se battre, comme tant d’autres l’ont déjà fait dans bien des pays d’Europe. Mais il serait insensé de croire que les hommes peuvent ne plus se battre. La lutte pour le pouvoir espagnol n’établit plus aucune ligne de démarcation entre le progrès et la paralysie de la condition humaine. Mais cette démarcation peut être rétablie en portant plus haut la lutte politique. Les Espagnols peuvent se battre dans le cadre européen, avec les Allemands, les Français, et tous les autres Européens, pour mettre le gouvernement de l’Europe entre les mains du peuple fédéral européen. Un tel gouvernement aurait une influence réelle sur la paix du monde, il ne serait à la merci ni de l’Amérique ni de la Russie, et il pourrait contrôler de manière efficace l’économie européenne, et rétablir ainsi la justice en Europe.
Parvenu aux directives d’action, notre discours peut retourner à son point de départ, c’est-à-dire à la responsabilité des européistes et des antifascistes. L’examen de la situation espagnole montre lui aussi que la lutte pour le pouvoir national et la lutte pour le pouvoir européen sont différentes et opposées. Il montre en outre que l’on ne peut se battre pour la paix, pour la liberté et pour la justice des Espagnols comme de tous les autres Européens que si l’on se bat pour le pouvoir fédéral européen. Les fédéralistes, les seuls à pouvoir brandir le drapeau de l’antifascisme et de l’Europe, doivent avoir le courage d’indiquer cette voie, coûte que coûte, même aux Européens d’Espagne.
 
Le Fédéraliste


[1] Voici le texte, proposé par les Espagnols et adopté par le Congrès du Mouvement Européen : « Le Congrès du M.E. réuni à Munich les 7 et 8 juin 1962, considère que l’intégration de tout pays à l’Europe, soit sous forme d’adhésion, soit sous forme d’association, exige de chacun d’eux des institutions démocratiques, ce qui, dans le cas de l’Espagne, en accord avec la Convention européenne des Droits de l’homme et la Charte sociale européenne, signifie :
1. L’établissement d’institutions authentiquement représentatives et démocratiques qui garantissent que le gouvernement soit fondé sur le consentement des citoyens.
2. La garantie effective de tous les droits de la personne humaine, particulièrement ceux de liberté individuelle et d’opinion et la suppression de la censure gouvernementale.
3. La reconnaissance de la personnalité des diverses communautés naturelles.
4. L’exercice sur des bases démocratiques des libertés syndicales et la défense, par les travailleurs, de leurs droits fondamentaux, notamment par le moyen de la grève.
5. La possibilité d’organiser des courants d’opinion et des partis politiques, ainsi que le respect des droits de l’opposition.
Le Congrès exprime le profond espoir que l’évolution consécutive à l’application des points précédemment énoncés, permettra l’incorporation de l’Espagne à l’Europe dont elle est un élément essentiel. Il prend acte de la ferme conviction, exprimée par tous les délégués espagnols présents au Congrès, que l’immense majorité du peuple espagnol souhaite que cette évolution se fasse selon les règles de la prudence politique et aussi rapidement que les circonstances le permettront, dans la sincérité de tous ; et de leur engagement de renoncer à toute violence active ou passive avant, pendant ou après le processus d’évolution ».
[2] Il s’agit de facteurs durables et de facteurs dont l’influence ne peut pas changer de direction. Ce sont des facteurs durables, parce que seule une succession ordonnée et pacifique pourra éteindre, en se consolidant, les effets politiques du souvenir de la guerre civile, et seule la fin du cycle actuel de politique mondiale pourra éliminer le pouvoir hégémonique américain et porter à son terme, ou bien arrêter, le mouvement de l’unité européenne. Ce sont des facteurs dont le sens est stable, parce que, tandis qu’ils font converger le gouvernement et l’opposition dans le même courant, en faisant de l’un le complément de l’autre, ils constituent en outre un système (les Etats soumis à l’hégémonie américaine et emportés dans le mouvement de l’unité européenne) qui n’étrangle ce courant par aucun goulot, car il peut accepter dans son sein tant une Espagne démocratique qu’une Espagne gouvernée par la dictature. Tel est le fait qui a rendu évolutif le passage de la dictature à la démocratie et qui garantit la poursuite de l’évolution. En fait il a suffi, pour les U.S.A., que l’Espagne soit anti-communiste, et les Etats européens (de l’Europe y compris la Grande-Bretagne) n’ont pas posé à l’Espagne, comme condition de son admission à l’O.E.C.E., le rétablissement de la démocratie.
Ce fait, en apparence singulier, prend sa racine dans la nature même du système en question. L’influence américaine et l’unité européenne de fait ne sont que de simples associations d’Etats, alliances ou confédérations, c’est-à-dire des situations de pouvoir dans lesquelles les relations entre les Etats restent au niveau de sommet de la politique étrangère. Ceux qui accusent les U.S.A. d’avoir aidé Franco et les gouvernements européens d’avoir admis l’Espagne à l’O.E.C.E. oublient que la politique étrangère n’est pas un moyen d’expression de la démocratie, mais de son contraire, des besoins de sécurité et de puissance des Etats. Il vaut la peine de faire observer marginalement que ces considérations évidentes et le fait que l’Espagne fait partie de l’O.E.C.E. (c’est-à-dire pas de l’Europe des Six, mais de l’Europe plus la Grande-Bretagne, etc…) devraient faire méditer ceux qui rendent responsables le général de Gaulle et Adenauer (comme s’ils étaient des démiurges) du caractère conservateur de l’Europe des Six, et qui croient que l’entrée de la Grande-Bretagne dans l’Europe confédérale lui ferait perdre ce caractère. C’est l’évidence même qu’une Europe confédérale, c’est-à-dire sans gouvernement démocratique issu du peuple, ne peut être que conservatrice et réactionnaire.
[3] L’Espagne semble parcourir à son tour, avec moins de tension, et par conséquent moins de secousses, le chemin qu’a déjà parcouru l’Italie. Même les illusions sont identiques, comme le seront également les désillusions. Même du point de vue européen les choses sont en train de se répéter. Beaucoup d’Italiens pensaient, dans leur exil, qu’il fallait rétablir la démocratie en Italie avant que de s’occuper des Etats-Unis d’Europe, et ils estimaient que l’unification de l’Europe serait la conséquence de ce rétablissement, et du renouveau universel de la démocratie, sans tenir compte du fait que cette démocratie tombe ou est asphyxiée justement parce qu’elle est comprimée dans les étroits cadres nationaux.