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Editoriali

XV année, 1973, Numéro 3-4, Page 89

 

 

L’Italie entre le fascisme et l’Europe
 
 
La construction de l’Europe et la menace fasciste sont deux aspects réels de la situation politique. Et ils sont présents comme tels dans la conscience des forces démocratiques et antifascistes. Ce qui fait défaut, pourtant, c’est la compréhension de leur signification en ce qui concerne les alternatives politiques immédiates. Par suite du degré d’avancement de l’intégration économique européenne, on parle toujours plus d’unité européenne, de démocratie européenne. D’autre part, on est contraint de nouveau à s’occuper du fascisme parce qu’il est réapparu avec son sempiternel double visage : sous un masque de légalité, le visage répugnant de la violence brutale et inhumaine.
Toutefois, le débat sur les alternatives politiques ne réussit pas encore à tenir véritablement compte soit des implications européennes, soit de la menace fasciste. C’est un fait que les formules proposées en restent encore à celles de l’époque où ces facteurs ne conditionnaient pas d’une façon importante la situation politique. C’est un fait qu’on pense encore exclusivement au centre-gauche, au centrisme et au « monocolore », comme si le futur ne devait que répéter le passé, et comme si ces formules pouvaient avoir sans aucun doute, à l’encontre de toute prévision raisonnable, la même consistance que celle d’autrefois.
C’est une grosse erreur de perspective qui pourrait avoir un résultat fatal. S’il y a des aspects nouveaux, et de cette importance, dans la situation, il est évident qu’il faut les avoir bien présents à l’esprit justement pendant l’examen et l’élaboration des alternatives politiques, parce que c’est le lieu où se forme la capacité de contrôler et de développer les situations politiques.
Il faut donc se demander, en premier lieu, quelle incidence est en train d’acquérir sur la formation des alternatives politiques le stade que l’intégration européenne a déjà atteint. Il s’agit, en dernière instance, de voir si la construction de l’Europe est encore uniquement un ingrédient parmi les autres des alternatives italiennes, ou si, au contraire, elle est en train de devenir un champ de formation d’une véritable alternative politique de longue haleine, dans laquelle la thématique italienne se révèlerait être simplement une des composantes.
Tels sont les faits. Sur la base de la fin de la période transitoire du Marché commun et de l’élargissement de la Communauté, le Sommet de Paris a décidé de réaliser d’ici à 1980 l’union monétaire, économique et politique. Les partis, en conséquence, mettent de plus en plus l’accent sur la nécessité de la transformation démocratique de la Communauté. Il s’agit d’objectifs concrets. On ne peut consolider le stade actuel d’intégration sans l’union monétaire, économique et politique, et sans un contrôle politique européen ; on ne peut d’autre part établir ce contrôle qu’en termes de démocratie européenne. Ou bien l’on y pourvoit, de cette façon, ou bien les poussées divergentes, alimentées par les superpuissances, prévaudront et désagrègeront l’Europe.
Ces éléments de la situation sont largement présents dans la conscience et dans les prises de position officielles des partis et des gouvernements. Mais les partis ne se rendent pas encore compte du fait qu’ainsi conçue, la politique européenne est une véritable alternative politique et, par conséquent, ne se rendent pas même compte du fait que cette politique européenne ne pourra avoir de succès que quand elle sera poursuivie comme alternative politique.
Pour se rendre compte de cette affirmation, il suffit d’examiner dans le même contexte les alternatives italiennes et la politique européenne. Il va de soi qu’affronter les problèmes politiques, économiques et sociaux dans le cadre d’une politique italienne est une chose, et que c’en est une autre d’affronter ces mêmes problèmes dans le cadre d’une politique européenne et de son articulation italienne. Il va de soi que les coalitions des partis en Italie sont une chose, et que bien autre chose seraient les coalitions des partis en Europe.
Les partis constitutionnels sont favorables à des élections générales européennes. Mais il est absurde de se prononcer pour des élections européennes et de ne pas se rendre compte que cela signifie nécessairement une nouvelle coalition des partis et un changement radical soit de leur position historique, soit de la nature même des problèmes à affronter. En substance, il est absurde de parler d’élections européennes sans s’apercevoir qu’elles représentent une alternative politique radicale.
On ne démontrera pas l’évidence. Toutefois, cela vaut la peine de faire une observation. Le préjugé à l’égard du P.L.I. et la discrimination à l’égard du P.C.I. ont contribué à la réapparition du fascisme et le rendent dangereux. Mais avec la coalition européenne des partis, ce serait la fin des préjugés à l’égard du P.L.I. et de la discrimination à l’égard du P.C.I. Qui pourrait encore penser que la fin de la discrimination à l’égard du P.C.I. comporte le risque de dictature ?
L’identification de la politique européenne comme alternative politique est aussi le seul moyen pour évaluer concrètement, en sortant du vague et de l’incertitude, c’est-à-dire du pré-fascisme, le péril fasciste. Quelle est l’alternative à la politique européenne ? L’Italie qui agit par elle même, l’Italie véritablement en marge de l’Europe. Et à qui serait cette Italie, qui en se mettant en marge de l’Europe, irait encore une fois, comme au temps du fascisme au pouvoir, contre le courant de l’histoire ? Hors de l’Europe, il n’y a pas de développement économique, il n’y a pas la base pour avancer dans la lutte pour l’émancipation sociale.
A ce sujet aussi, l’évidence ne sera pas démontrée. Cela vaut toutefois la peine de bien avoir présent à l’esprit, qu’autour de la Méditerranée, le seul pays démocratique est l’Italie, et que les autres pays, restés bien loin de la construction de l’Europe n’ont pas réussi à se libérer des vieilles dictatures fascistes, ou bien y sont retombés pendant la période de l’après-guerre.
 
***
 
Le fascisme ne peut être battu sans un débouché européen et sans la contribution du P.L.I. et du P.C.I. Il faut donc bien avoir présent à l’esprit que le cadre italien limite gravement la contribution du P.L.I. et du P.C.I., rendant précaire la vie démocratique, parce que sur le front du P.L.I. et du P.C.I. les divisions de la coalition politique italienne sont plus fortes que les convergences. Il faut donc avoir présent à l’esprit que dans le cadre d’élections générales européennes, avec des partis coalisés à un niveau européen, les divisions seraient beaucoup moins fortes que les convergences.
Le débat sur les alternatives politiques doit donc affronter dès maintenant ce problème : comment réaliser graduellement, dans le pays comme au Parlement, sans exclure le gouvernement, une unité des partis constitutionnels et antifascistes tournée vers l’Europe ?
Un point est certain. Avec la contribution de tous les partis constitutionnels, l’Italie peut engager la lutte pour des élections générales européennes en approuvant sans plus tarder la proposition de loi d’initiative populaire pour l’élection directe des délégués italiens au Parlement européen, présentée au Sénat le 11 juin 1969.
L’alternative politique européenne commencerait à prendre corps. La convergence des partis constitutionnels et antifascistes sur le terrain européen, et leur décision de faire participer directement les Italiens à la construction de l’Europe, rapprocheraient les Italiens des partis, uniraient peuple et partis dans une grande entreprise commune, et auraient de grandes répercussions sur les partis des autres pays de la Communauté. D’autres pays, et en premier la Hollande, sont déjà prêts à reconnaître le droit de vote européen des citoyens et à se battre avec une élection européenne dans leur pays pour l’élection générale européenne. L’Italie n’est donc pas seule. Si les partis le veulent, l’Italie, avec d’autres pays de la Communauté, peut commencer la mobilisation de la seule force qui ait la possibilité et le droit de mener à terme la construction de l’Europe : le peuple des nations européennes.
Avec des élections européennes dans plus de pays, la première mobilisation du peuple européen, et la possibilité concrète de se battre pour la démocratie européenne, les termes mêmes de l’équilibre politique changeraient radicalement, en brûlant les scories du passé. Et ce seraient les objectifs unitaires de la lutte du peuple européen pour son émancipation des grandes puissances qui établiraient graduellement l’unité nécessaire des partis dans le pays, au Parlement et au gouvernement pendant la phase de transition de l’Italie à l’Europe dans le cadre de la réalisation démocratique de l’union monétaire, économique et politique de l’Europe.
 
(mai 1973)

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