X année, 1968, Numéro unique, Page 57


 
Peter G.J. Pulzer, Political Representation and Elections in Britain, George Allen and Unwin Ltd., Londres, 1967.
 
 
Dans une situation comme celle qui caractérise la scène politique européenne en ce moment, tandis que se manifeste avec la plus grande évidence la crise du système multipartisan de type continental, sans que toutefois l’exemple du système bipartisan d’outre-Manche donne d’excessives espérances, ce manuel de Pulzer sur la représentation politique et les élections en Angleterre peut apporter une contribution intéressante. Entendons-nous, l’auteur examine avec soin, à des fins didactiques évidentes, le fonctionnement du système parlementaire anglais, plus qu’il n’ouvre des vois nouvelles ou ne tente de pénétrantes synthèses.
Au fond, Pulzer veut fournir les éléments nécessaires pour donner une réponse acceptable à la question : « Comment vote-t-on et pourquoi ? » et prend la question ab ovo en cherchant à expliquer les mots de démocratie, de représentation, de culture politique, etc., sans toutefois s’éloigner beaucoup de la signification qu’ils prennent dans le langage courant. Ces lignes ont valeur d’exemple : « Une difficulté majeure se présente cependant quand on considère le Parlement collectivement ou ses membres individuellement, comme des représentants du corps électoral. Un représentant a évidemment quelque obligation à son électeur, est quelque peu responsable envers lui et agit dans une certaine mesure avec son consentement ».
A l’égard du jeu bipartisan, en particulier, Pulzer soutient qu’il fonctionne quand se réalisent ces conditions : a) continuité historique, c’est-à-dire vieille habitude prise par l’électorat de choisir entre deux termes seulement ; b) homogénéité sociale, plutôt dans le sens d’homogénéité idéologique ; d’ailleurs, il est clair qu’en Angleterre classes sociales et partis politiques ne coïncident pas ; c) consensus politique sur le système bipartisan en soi plutôt que sur les formations partisanes prises individuellement ou sur le gouvernement en tant que tel.
Examinant ensuite la fonction du parti dans ce système et le parti lui-même, il souligne l’importance des circonscriptions dans la sélection de la classe dirigeante (« A chaque élection, environ 90% des élus au Parlement doivent donc leur bonne fortune non pas au discernement des électeurs, mais aux conclaves enfumés de 50 à 200 hommes et femmes, cooptés dans une large mesure ») et les modifications introduites dans l’organisation des principaux partis politiques anglais.
Le comportement de l’électorat est décrit minutieusement : il est fait usage de tableaux comparatifs et de données numériques (par parenthèse, nous dirons qu’une importante qualité du texte réside justement dans la précision de la documentation produite à l’appui de chaque affirmation), après avoir subdivisé le corps électoral en classes de cens, d’activité, de religion, de sexe, d’âge et de région, suivant les canons d’une enquête sociologique précise de l’école anglo-saxonne.
Naturellement, l’importance toujours croissante des techniques modernes de propagande et leur influence sur le choix politique exprimé par le vote n’échappent pas à Pulzer ; bien plus, il en fait l’objet d’une enquête précise qui le porte cependant à conclure que, malgré le haut degré de spécialisation atteint par l’industrie de la persuasion, elle n’est pas encore déterminante pour décider du choix politique.
En conclusion, l’auteur tire, d’une analyse de l’efficacité et de l’importance des élections, des éléments de confiance dans le système qu’il vient de décrire : « Tout choix politique, pour être efficace, doit être limité. En Grande-Bretagne, il est limité à deux grands partis, extrêmement disciplinés, suivis par une masse d’électeurs fidèles. En même temps, le ‘plébiscite de tous les jours’ des relations publiques, des déclarations politiques et des débats parlementaires rend le public attentif aux activités de l’élite politique. Le but de cette activité est d’exhorter le public à accepter l’une des deux administrations rivales ; mais l’activité est nécessaire pour la seule raison que le verdict final est dans les mains du citoyen. Il ne peut y avoir de gouvernement par le consensus sans le rituel du vote ; et le droit de voter périodiquement révèle d’innombrables modes indirects d’expression de vœux et de griefs en d’autres occasions ».
 
Sandro Capitanio

 

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