VIII année, 1966, Numéro 1, Page 59

 

 
Lucio Levi, Alexander Hamilton e il federalismo americano, Pubblicazioni dell’Istituto di Scienze Politiche dell’Università di Torino, Giappichelli, Torino, 1965, L. 3.400.
 
 
Dans cet ouvrage, Lucio Levi retrace l’histoire du processus de formation et des développements initiaux de la première expérience historique du fédéralisme à travers les idées du plus grand protagoniste des événements qui menèrent à la fondation des Etats-Unis d’Amérique : Alexander Hamilton. L’étude de ce personnage est intéressante du fait qu’il fut toujours au centre des événements les plus importants de l’histoire américaine de son époque, depuis le moment où les colonies américaines prirent position contre la mère-patrie jusqu’à la fondation et à la consolidation de la fédération.
Comme on le sait, les colonies anglaises de la côte atlantique, devenues treize républiques indépendantes après la rébellion contre la mère-patrie, s’associèrent par des liens de caractère confédéral. Le Congrès continental était l’organe permanent de caractère diplomatique au sein duquel les délégués des Etats résolvaient leurs conflits réciproques. Mais la Confédération, n’ayant pas reçu du peuple nord-américain un pouvoir indépendant en mesure de s’exercer face à eux, subissait, sans pouvoir la contrôler, la dynamique des intérêts divergents des Etats.
Déjà, durant la guerre d’indépendance, l’inefficacité de l’organisation commune s’était manifestée : le Congrès, auquel revenait la direction des opérations militaires, dépendait des Etats pour le recrutement des hommes et pour la perception des impôts. En conséquence, les Etats voisins du front durent supporter d’énormes sacrifices en hommes et en argent, tandis que les autres Etats, répondant mal aux demandes du Congrès, se déchargeaient du poids de la guerre sur les plus infortunés.
Les défauts de la Confédération américaine apparurent au grand jour à la fin de la guerre. Rivalités commerciales, disputes territoriales, désordres et instabilité politique révélèrent l’impuissance du système à engendrer la prospérité, à maintenir l’ordre et à garantir le respect des droits individuels. En outre, ne présentant pas un front compact à l’extérieur, la Confédération ne pouvait garantir ni sa sécurité et son indépendance, ni celles des Etats membres, qui devenaient un « jouet entre les mains des puissances européennes », comme l’a dit Hamilton. Aussi l’association entre les treize ex-colonies s’acheminait-elle vers une rapide dissolution. Hamilton fut parmi les premiers, et sans doute le plus clairvoyant, à dénoncer le vice de fond de la Confédération et à proposer le remède approprié : l’attribution de pouvoirs effectifs au gouvernement central.
Naturellement, comme Levi le met en évidence, l’expérience européenne contribua à faire prendre conscience de la nature du problème américain. En effet, Hamilton comprit que si la la Confédération laissait prévaloir le principe de la division politique l’histoire américaine serait déterminée selon le modèle européen de l’équilibre entre Etats souverains, des poussées hégémoniques de la puissance la plus forte, du militarisme et de l’autoritarisme des structures internes des Etats. Le problème à résoudre n’était donc pas dans la façon de gouverner les différentes républiques nord-américaines, mais dans l’établissement d’institutions nouvelles et solides, capables de déterminer la politique fondamentale du peuple américain ainsi qu’une histoire américaine unitaire.
Mais cette profonde conscience historique et politique des fédéralistes, et en particulier de Hamilton, sut se traduire en actes par des moyens appropriés au but à atteindre. L’obstacle le plus difficile à surmonter venait des intérêts de ceux qui occupaient des positions de pouvoir dans les Etats (courant particulariste). En effet, si un pouvoir central s’était instauré, ceux-ci auraient risqué de perdre leur status d’hommes politiques, par suite de la réduction radicale des postes dans le cadre des nouvelles institutions (un parlement et un gouvernement — au lieu de treize — dotés des compétences politiques fondamentales). A cette tendance s’opposait le courant unitaire, conscient de ce que la fondation d’un gouvernement panaméricain ne pouvait résulter d’une politique progressive des Etats, mais d’un bond révolutionnaire. Sa stratégie se fondait sur la tentative, 1) de porter la lutte pour fonder les nouvelles institutions hors du cadre politique des Etats et du Congrès lui même (reflet de l’équilibre des Etats), 2) de dépasser les divisions caractérisant la lutte politique dans les Etats et d’activer celle entre les partisans et les adversaires de la fondation d’un gouvernement américain, 3) d’employer une force autonome pour imposer une nouvelle constitution. Cette tentative réussit parce que, exploitant un moment de crise provoqué par les graves désordres sociaux survenus dans le Massachusetts en 1786, les fédéralistes surent porter la bataille pour la constitution sur leur propre terrain de lutte, depuis la Convention de Philadelphie en 1787, qui élabora le projet, jusqu’aux conventions locales élues spécialement pour ratifier ou repousser la Constitution.
Cette dernière fut le fruit d’un compromis entre les deux courants qui caractérisèrent la période confédérale de l’histoire américaine. La constitution fédérale — dont le fonctionnement a été décrit dans les essais du Federalist par Hamilton, Jay et Madison, pour soutenir la ratification de la constitution de la part des Etats, établit un pouvoir central fort, en laissant cependant subsister la souveraineté des Etats. Et Hamilton lui-même, qui avait pris position pour un gouvernement unitaire fort, accepta le compromis et le soutint avec passion à la Convention de New-York. Il agit ainsi parce qu’il fut le premier à comprendre que, en ôtant aux Etats les pouvoirs relatifs à la politique extérieure et militaire ainsi qu’à la politique économique générale, on éliminerait les causes de désordre politique et économique en Amérique du Nord, assurant ainsi à plusieurs générations d’Américains une destinée de paix, de démocratie et de richesse.
Dans la dernière partie de son ouvrage, Levi traite de l’action politique de Hamilton dans le cadre du nouvel Etat. Là aussi, son intervention se révéla indispensable pour consolider les fragiles institutions qui se seraient probablement dissoutes sans une politiques énergique du gouvernement central. Hamilton remplit la charge de ministre et, à travers une série de mesures historiques (consolidation de la dette publique, institution d’une banque nationale, réorganisation monétaire, protection douanière de l’industrie naissante) il jeta les bases pour le développement du marché américain et réussit à cristalliser un solide bloc d’intérêts autour du gouvernement central.
Ces arguments, comme beaucoup d’autres mis en lumière dans l’étude de l’expérience politique d’Alexander Hamilton, sont exposés avec rigueur par l’auteur ; celui-ci, dans un chapitre important consacré au Federalist, expose la conception fédéraliste de la politique, de la société et de l’Etat. Cet ouvrage, fruit d’une riche et consciencieuse documentation historique, se distingue par la clarté particulière de l’enquête et par l’assurance dont l’auteur fait preuve dans l’organisation et l’interprétation du matériel recueilli.
 
Sergio Pistone

 

 

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