XV année, 1973, Numéro 3-4, Page 197

 


Stefano Silvestri, La sicurezza europea, Ed. Il Mulino, Bologna, 1969.
 
 
Le problème de la sécurité européenne a toujours été sur le tapis, aussi bien pendant la période de la guerre froide que dans la phase actuelle où le bipolarisme mondial russo-américain décline.
Partant de la sécurité représentée par la force des arsenaux militaires, on en est venu de plus en plus à considérer que la sécurité est possible à travers la reconnaissance diplomatique d'une situation de facto que U.S.A. et U.R.S.S. s'engagent à respecter et à garantir.
Les propositions soviétiques de Karlovi Vari en 1967, les discussions de l'assemblée de l'O.T.A.N. en 1969, sont les occasions où les parties en cause accordent leur sanction officielle à la nouvelle façon d'envisager le problème en question. Mais il se produisait dans l'intervalle des événements comme le coup d'Etat des colonels grecs, la répression du printemps tchécoslovaque et l'ouverture du dialogue entre la R.F.A. et l'Europe de l'Est, qui imposent désormais une clarification des termes.
Le débat politique est ouvert et, naturellement, il requiert une forte capacité d'analyse prospective de ce que peut signifier pour l'avenir de l'Europe un accord diplomatique sur la sécurité européenne.
Indubitablement, tous les participants au débat interviennent avec leurs propres capacités et leurs propres instruments culturels et, bien entendu, en plus d'élaborer ses propres thèses, il y a le problème de discuter celles des autres. C'est dans ce contexte qu'on doit examiner le livre de Stefano Silvestri, « La sécurité européenne », fruit d'une recherche effectuée par le groupe de travail de l'Institut des Affaires Internationales de Rome.
Dans la recherche de l'I.A.I., évidente est la nécessité, que nous avons remarquée nous aussi, d'affronter les études politiques en se servant d'une méthode de travail qui mette un minimum d'ordre dans ces investigations et permette le contrôle des résultats. Le groupe d'études a posé les prémisses de départ et a dégagé six hypothèses de réalisation du concept de sécurité européenne.
Dans les différentes hypothèses, on examine la recherche de la sécurité européenne :
a) dans une situation qui ne présente pas de grands changements dans le déploiement des forces occidentales et orientales ;
b) avec la stipulation d'un traité multilatéral de sécurité ;
c) à travers la dissolution des blocs et le retour à une Europe d'Etats-nations ;
d) avec la possibilité d'intégrations politiques à l'intérieur des deux blocs ;
e) avec la possibilité de dissolution de l'un ou
f) de l'autre des deux blocs d'alliances.
Au terme de la lecture des différentes hypothèses, on reste perplexe (et déconcerté) : on a l'impression que les chercheurs ont voulu se risquer à faire un exercice théorique en élaborant d'éventuels rapports diplomatiques, avec une structure d'esprit chère désormais à quelque fonctionnaire de l'O.T.A.N. perdu dans un irréel jeu d'échecs.
Certes, dans n'importe quelle analyse politique, il faut formuler et vérifier des hypothèses, mais il est aussi vrai que la méthodologie de l'analyse politique ne peut faire abstraction de l'analyse du développement des rapports socio-économiques et du concept de la raison d'Etat, tous deux dans une réalité qui a aujourd'hui une dimension mondiale. La problématique sociale dans les pays intéressés à la sécurité européenne, l'influence grandissante de la Chine dans les rapports entre les deux superpuissances russe et américaine, la grande importance du Sud-Est asiatique, l'opposition de fait entre les pays industrialisés et les pays sous-développés, sont des éléments complètement inconnus pour les chercheurs de l'I.A.I.
En fait, la Grèce et la Tchécoslovaquie, bien qu'elles aient déjà montré au monde un certain type de sécurité européenne (ou de la sécurité en Europe des puissances hégémoniques ?) semblent n'avoir rien enseigné à Silvestri.
Certes, le fervent passionné de « théoricisme » peut s'amuser à examiner les hypothèses qui le satisfont le plus, choisir les constantes et les variables de sa théorie et les définir : isolationnisme américain de droite ou de gauche, internationalisme des U.S.A. avec bipolarisme intense, atténué, ou avec partnership européen, ou même atlantisme européen avec anticommunisme atténué ou militant, etc…
Pourtant, c'est au militant politique de démystifier le bluff à la base de ces exercices de style académique.
Le militant politique a la chance de devoir jour après jour vérifier dans les faits ses analyses, et de devoir en tirer les leçons pour ses plans d'actions futurs ; et par conséquent, nous pouvons conclure sur la tentative de Silvestri en paraphrasant ses propres paroles contenues dans l'introduction (p. 17).
Si c'est son privilège d'imposer au lecteur un tel schéma mental, nous aussi, avec autant d'humilité, nous entendons avoir le privilège de le refuser et de lui en préférer d'autres.
 
Alfonso Sabatino

 

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