IX année, 1967, Numéro 1, Page 65

 

 

Frans Schoenberner, Erinnerungen, 1. – Bekenntnisse eines europäiscen Intellektuellen ; 2. – Innenansichten eines Außenseiters, Icking und München, Kreisselmeier Verlag, 1965, vol. 1, 350 pp., vol. 2, 320 pp.
 
 
Franz Schoenberner, l’un des derniers rédacteurs de la revue politico-satirique Simplicissimus, parcourt dans ces livres de mémoires sa vie d’homme de culture et d’homme de lettres, en commençant par les années de sa formation et en passant par un certain nombre d’événements : la première guerre mondiale, les émeutes du premier après-guerre allemand, l’opposition à l’arrivée au pouvoir des nazis, l’exil en France, et, pour finir, l’arrivée en Amérique.
Il décrit clairement les symptômes de malaise et de crise existant dans la société et dans la politique de l’Allemagne de Weimar, comme par exemple le mépris et la suspicion réciproque entre le monde de la culture et celui de la politique, ainsi que la tendance des intellectuels allemands, répugnant à la lutte contre des structures politico-sociales inadaptées, à se réfugier dans l’abstraction de la spéculation pure. Il relève avec amertume les insuffisances, les inconvenances graves, les grossiers mensonges des hommes politiques allemands et européens de cette époque, les soulignant souvent de façon sarcastique : il en va ainsi pour l’agitation sociale improvisée et pour les tentatives pénibles et superficielles d’instauration d’une démocratie dans l’Allemagne de ce premier après-guerre, pour la mollesse du peuple et de l’appareil de l’Etat allemand devant l’avance nazie, ou bien pour l’attitude stupidement bienveillante ou, de façon irresponsable, conciliante des puissances occidentales, aveuglées par la peur du communisme, à l’égard du nazisme.
L’auteur ne va pas au delà d’une analyse des symptômes ou même de la satire de mœurs. Ceci ne l’empêche pas de reconnaître dans le nationalisme la base même de la ruine de l’Europe, dès 1915-1918, et de souhaiter un futur Etat démocratique mondial.
Quoi qu’il en soit, l’intérêt de l’auteur va en grande partie au monde littéraire, et de larges parts de son œuvre sont consacrées à son expérience personnelle dans ce domaine, qui est souvent d’un intérêt considérable en particulier du point de vue biographique et humain ; et c’est probablement cet amour pour les lettres, en plus de son humour naturel et de sa veine satirique, qui préserve l’auteur du désespoir dans son chemin à travers les années les plus tragiques de l’histoire européenne.
 
r. b.
 

 

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