VIII année, 1966, Numéro 1, Page 64


 

Johannes F. Barnick, Deutschlands Schuld am Frieden, Stuttgart, Seewald Verlag, 1965, 394 pp.

 
 
Ce jeune historien, qui a déjà acquis une certaine notoriété avec son livre Die deutsche Trümpfe, se propose ici d’affronter le problème qui est au cœur de l’histoire de l’Allemagne moderne, celui des causes profondes de la catastrophe qui s’est produite dans ce pays à la suite des deux guerres mondiales successives.
Pour fournir une réponse à un tel problème, il suit un chemin très malaisé, mais révélateur. Il tente d’établir si, dans l’histoire de l’empire bismarckien, on a recherché quelque possibilité concrète de développement positif, c’est-à-dire ni impérialiste ni autoritaire, et par conséquent une alternative correspondante effective pour les contemporains. Sa réponse est fondamentalement négative. Il partage la conclusion de Meinecke, dans Die deutsche Katastrophe, suivant lequel « dans l’activité directe de Bismarck lui-même il y avait quelque chose qui se trouvait aux confins de l’utile et du nuisible et qui, dans ses développements successifs, devait plutôt se révéler nuisible ». Et il ajoute que, tandis que la fondation des Etats nationaux français, anglais et russe fut avantagée par leur situation historique et géographique, « l’empire bismarckien, non pas avec des intentions inconsidérées et mauvaises, mais par suite de la catastrophe même que représente sa naissance, s’opposa dans une certaine mesure au développement séculaire de l’Europe, en le bloquant, mais, de ce fait, en se nuisant avant tout à lui-même ». La cause fondamentale de l’impérialisme allemand est par conséquent identifiée avec la structure elle-même de l’Etat national créé par Bismarck. L’auteur néglige cependant complètement de se demander si une autre solution du problème de l’unification nationale eût été possible.
Cette analyse est suivie de quelques observations de saveur spenglerienne sur l’évolution qui fit suite à la catastrophe allemande et sur l’écroulement consécutif de l’Europe. Dans cette partie de son livre, qui est la moins convaincante, l’auteur décrit les caractéristiques fondamentales qu’il prête à la « monarchie universelle » russo-américaine et qui, en dépit des évidentes différences d’organisation, rapprocheraient les deux grandes puissances mondiales de l’empire wilhelmien.
 
Sergio Pistone

 

 

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